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LE POINT CULMINANT

milieu du grand salon ; on l’entoure : Laguerre se place en face de lui et, d’une voix sèche que féminise presque son adoration d’un héros servi par la fortune, pendant que minuit sonne, il dit :

— Mon Général, l’année qui s’ouvre à cet instant précis est grosse d’événements. Au nom de tous ceux qui vous entourent, je fais des vœux pour l’élection du prochain député de Paris, pour le triomphe du parti national.

Puis, par délégation de Déroulède et des « Patriotes », il offre au chef une canne de Ligueur. Avec sa gentillesse, et dans cette atmosphère de confiance, le Général examine le bâton et réplique :

— Le cadeau est magnifique, mais quelque chose y manque, car il n’a pas de balai au bout.

Robert Mitchell fit une observation :

— Et dire que l’année prochaine, le compte rendu de ces réunions sera pour le Journal officiel !

Laguerre accompagna Boulanger dans une pièce où l’on avait placé son paletot pour lui éviter le vestiaire. Ils entendaient les verres qui se heurtaient, les vivats prolongés, tous les désordres d’une joie irréfléchie :

— Mon Général, lui dit-il, je voudrais causer dix minutes seul avec vous.

— Eh bien ! demain j’aurai beaucoup de monde, venez après-demain à neuf heures.

Le 1er janvier, Laguerre porta simplement ses hommages de nouvelle année rue Dumont-d’Urville. Le 2, il revint.

— Je serai bref. Mon Général, vous avez les plus grandes chances d’être élu le 27.