Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/126

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Cependant Léopold n’était pas homme à supporter longtemps le caractère profane que prenait la petite réunion. Et pour relever les esprits :

— Sœur Thérèse, dit-il, chantez-nous le cantique de nos processions.

La religieuse se leva. C’était une fille de taille moyenne et dont les formes gracieuses se révélaient sous la bure épaisse de sa robe. Les voyages et la gloire de son miracle avaient un peu gâté son bon naturel en lui donnant un certain goût de la mise en scène et de l’effet. Elle se tint droite et silencieuse plusieurs minutes. Sa personne élancée, ses yeux bleus et fixes lui donnaient l’apparence d’une statue d’église. Mais on la voyait respirer doucement, et il semblait que sous les yeux de tous l’enthousiasme l’envahît. Enfin, elle commença :

Par les chants les plus magnifiques,
Sion célèbre ton Sauveur ;
Exalte dans tes saints cantiques
Ton Dieu, ton chef et ton pasteur ;
Prodigue aujourd’hui pour lui plaire
Tes transports, tes soins empressés,
Jamais tu n’en pourras trop faire,
Tu n’en feras jamais assez.

Et tous reprirent en chœur les dernières paroles :

Jamais tu n’en pourras trop faire,
Tu n’en feras jamais assez,.