Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/127

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La médiocrité de ces strophes composées pour les pèlerins, qui les égrènent encore en parcourant les sentiers de la colline, ne pouvait pas, non plus que l’accent lorrain de la chanteuse, désenchanter ce petit monde. La sœur Thérèse avait dans toute sa personne une sorte de perpétuelle émotion trop puissante, et sa voix traduisait si bien ce frémissement intérieur ! C’était la fille de Jephté qui s’en va au-devant de son père avec des tambours et des flûtes ; c’était la confiance, la jeunesse, la fantaisie précédant, accompagnant les mornes et dures passions : c’était une fille spirituelle célébrant le retour et la victoire de l’homme dont nul n’a pu courber le front. Et lui, en la regardant, il songeait aux prophétesses de la Bible, à Myriam, sœur de Moïse, qui fut une musicienne exaltée, chantant et menant, un tambourin à la main, le chœur des femmes dansantes ; à Déborah, la vierge guerrière, que l’on appelait l’abeille d’Éphraïm et qui siégeait sous un palmier dans la montagne ; à Oulda qui pardonnait ; à Noadja de qui l’on ne sait que le nom cité par Néhémie, et il demandait à cette âme favorisée de l’élever dans les voies du ciel.

Ce fut là le haut moment de la soirée, un de ces moments sonores où l’être le plus