Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/137

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le cou congestionnés, il jetait dans l’air à haute voix les prières à Notre-Dame de Sion, puis il se retournait, battait la mesure et disait : « À voix large, sans respect humain, répétez les invocations avec toute votre énergie. » Ou bien encore : « Je compte que messieurs les Ecclésiastiques soutiendront les répliques des fidèles. »

Ils ne sont pas nombreux, messieurs les Ecclésiastiques ! Et M. le curé de Xaronval n’a eu que trop raison dans ses fâcheux pronostics. L’évêché n’a pas envoyé de représentant, et presque personne n’est venu des presbytères voisins. Voilà des années qu’on n’a vu une procession si chétive, et dans ce jour mélancolique quelques-uns pourraient croire qu’ils assistent à une revue d’après la défaite, à la revue de troupes toujours fidèles, bien décimées. Certains corps d’armées ont été anéantis. Il reste bien peu de tout ce peuple militant que les Baillard avaient rassemblé et organisé pour le service de la Vierge. Où sont-ils, les frères instituteurs que Léopold aspirait à répandre dans tous les diocèses de France ? les frères laboureurs qui travaillaient à la ferme modèle de Saxon ? et les frères ouvriers, menuisiers, maréchaux ferrants, charrons, cordonniers, peintres,