Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/138

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tailleurs de pierres, tailleurs d’habits ? Où sont-elles, les sœurs de Flavigny, de Mattaincourt, de Sainte-Odile et de Saxon ? La tempête a tout dispersé. Les cadres, du moins, subsistent. Voilà frère Hubert et frère Martin, vêtus de la robe brune aux bandes bleues ; voilà les sœurs Euphrasie, Quirin, Marthe et Lazarine, parmi lesquelles s’avance la sœur Thérèse d’un pas qui ne fait qu’effleurer la terre. Fébrile, inquiète, nerveuse, la sensitive a perçu des choses invisibles pour tout autre que pour elle ; elle sent des inimitiés dans cette foule, des animosités qui n’attendent qu’une occasion pour se produire avec éclat. Elle tressaille au milieu de ce cortège et sous ce grand ciel découvert, comme si des souffles, un esprit, un monde mystérieux l’entouraient. Des paysans, des paysannes surtout composent le gros du cortège. Les hommes s’en vont, le chapeau à la main, les bras ballants, d’un pas embarrassé par cette marche trop lente, et les femmes, à côté d’eux, très abritées sous la coiffe, portent, passé à leur bras, un panier à provisions d’où sort le goulot d’une bouteille.

Léopold venait le dernier. Il s’avançait, entouré de quelques prêtres, un état-major bien mince, au regard de la véritable cour ecclésiastique qui l’enveloppait aux fêtes pré-