Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/157

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octobre, la peste dans le golfe Persique ; en novembre, des épidémies sur le bétail et de grandes pertes d’argent à la Bourse. À chaque fléau, Sœur Thérèse battait des mains, et l’on voyait apparaître sur les lèvres de Léopold un sourire d’une béatitude ineffable. Quand le vomito negro se réveilla à Rio Janeiro, le grand François s’écria qu’il donnerait bien dix sous pour voir à ce moment la tête du curé de Xaronval, car aucun d’eux ne doutait que M. Magron et tous leurs confrères ne fussent comme eux uniquement occupés à vérifier les prophéties de Vintras. À dix heures Léopold distribuait le pain bénit, auquel les sœurs parfois ajoutaient un supplément de vin chaud.

Et c’est ainsi que chaque soir, là-haut, autour d’une table de cuisine, des villageois se penchent sur un journal éployé pour y chercher, avec une fièvre joyeuse, les signes avant-coureurs du cataclysme où s’allait engloutir ce monde d’iniquité, hormis la poignée de justes groupés dans l’ombre de Léopold et de Vintras.

À la fin de la semaine, le dimanche, Léopold prêchait solennellement. On accourait de très loin comme pour un théâtre. Les Baillard avaient imaginé d’organiser des dia-