Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/171

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de l’enfant ? Y découvrit-il un refus déguisé ? Le certain, c’est qu’une heure après, quand M. Magron rentra dans son presbytère, et s’en vint tout droit à la cuisine où il pensait trouver son ami auprès du feu, la pièce était vide. Avec sa nièce, il chercha vainement dans tous les coins de la cure Léopold Baillard. Ils montèrent jusque sur le grenier, l’appelèrent devant sa porte ; personne ne leur répondit… Et pourtant Léopold était là, dans l’ombre. Le lendemain on découvrit, contre une meule du champ voisin, la forme de son corps dans la paille.

La petite fille se demanda toujours si c’était Léopold ou le Diable qui avait couché dans cette meule.

Non, ce n’était pas le Diable, mais c’était un Léopold que Magron ni aucun de ses confrères n’avait connu, un Léopold que ne touchaient plus les paisibles voix de la vie. Il avait bien entendu les cris du curé et de l’enfant, mais ses chimères le tenaient et d’une telle force qu’aucun appel ne pouvait plus le leur arracher. Au pied de la meule où il s’était laissé choir, exténué de fatigue, il restait sans mouvement avec une prodigieuse lucidité d’esprit. Il regardait comment, sous la nuit descendante, Sion prenait