Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/197

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solennelle pour les vivants et pour les morts. »

Il appela les morts dans les nuages chargés de neige que roulait le ciel, et le petit cénacle, bouche bée, le vit qui rangeait, avec des gestes de la main, les esprits par catégories dans l’espace.

À neuf heures, dans cette tourmente de neige et de vent, — une vraie nuit de sabbat, — les fidèles arrivèrent au couvent. Ils furent priés de se tenir jusqu’à nouvel ordre dans la cuisine, car l’Organe — c’est ainsi que Vintras voulait qu’on l’appelât — s’était enfermé, pour prier tout seul, dans le réfectoire transformé en chapelle.

Devant cette porte close, ils étaient tous fort émus et l’imagination surexcitée ; mais quelques-uns faisaient les braves

— Tu l’as vu, Bibi, disait avec émerveillement la mère Munier ; il a sauté à terre devant ta maison.

— Oui dame ! et même qu’il avait des bottes de veau ! Je croyais que les prophètes allaient nu-pieds.

Mais les trois Pontifes vêtus avec magnificence apparurent à ce moment, et en passant François écrasa du regard le sceptique du village.