Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/25

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tha et Wotan ont cessé de recevoir sur leur ancien domaine aucune pensée de fidélité. Chose curieuse, attendrissante, les derniers soins leur furent donnés dans le couvent de la colline : les Pères oblats y conservaient et tenaient en belle vue, il y a peu de temps encore, une pierre votive, hommage rendu à la déesse païenne par de pieux Gallo-Romains dont elle avait guéri le fils. Mais la pierre a disparu : cette inscription, cette suprême voix, qui témoignait en faveur de la déesse dépossédée, a pris avec les religieux l’injuste chemin de l’exil. Quel magnifique symbole, ce cortège d’un double départ ! L’ancienne bannière des chevaliers de Notre-Dame de Sion n’a pas eu un sort plus heureux. Cet étendard glorieux, par le secours de qui René II déconfit les Bourguignons et leur téméraire chef devant sa ville de Nancy ; par qui le bon duc Antoine affronta et mit en pièces les Rustauds avec une poignée seulement de Lorrains ; par qui Charles V, la terreur des Turcs et le sauveur de la chrétienté, remporta presque autant de victoires qu’il livra de batailles, il s’est défait obscurément dans une poussière sans gloire. Et maintenant l’élite de la province, les riches et les intellectuels abandonnent à des paysans