Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/282

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vent, revienne montrer sa figure entre les nuages du soleil couchant. N’importe ! Nous goûtons une sensation de sécurité ; au fond de nous, un être primitif connaît le cycle de la nature et se réjouit avec confiance d’une suite de jours qui vont verdir et, de semaine en semaine, embellir. Quand le soleil brille au-dessus de la terre mouillée et que les oiseaux s’élancent et font ouïr la fraîcheur toute neuve de leurs voix, nous respirons, dans l’averse qui vient de passer, une force prête à se développer, une vigoureuse espérance, un long espace de plaisir, qui va depuis les coucous et les marguerites d’avril jusqu’aux veilleuses de septembre.

Par les grands jours d’été, le promeneur gravit la côte de Praye jusqu’à la Croix de Sion, en cherchant le peu d’ombre qu’y mettent le talus et les minces peupliers. De temps à autre, il se retourne, en apparence pour admirer le vaste panorama, au vrai, pour reprendre haleine. Mais là-haut, tout est facile, agréable ; c’est la saison pour errer vers Vaudémont, à travers les friches et sous les futaies de charmes, de noisetiers et de chênes, dans le joli bois de Plaimont. Bois charmant, désert et civilisé, où les sentiers sont aménagés en charmilles, où l’on s’attend, à chaque pas,