Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/288

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été signifiée de porter dorénavant le costume ecclésiastique. Il était vêtu d’une longue redingote noire et d’un vieux pantalon, chaussé de gros souliers crevés et coiffé d’un gibus informe. Une abondante chevelure retombait presque sur ses épaules. Son nez s’était allongé, ses joues flétries et creusées, sa haute taille voûtée. Entouré, assailli par cette nuée sans pitié, on eût dit un mannequin des champs qui a cessé d’effrayer les oiseaux. L’Oblat, un peu caché dans le corridor de la cure, comparait ce cortège de carnaval avec les processions que les Baillard menaient jadis sur le plateau, et il admirait la justice de Dieu.

Pour le pauvre revenant, ainsi bafoué par des polissons à qui récemment encore il faisait le catéchisme, ce qui lui retourna le cœur, c’est quand il vit la chienne de Léopold, la Mouya, la Meilleure, qui se tenait la queue basse sur le seuil de la cure où, depuis la grande catastrophe, elle avait trouvé sa pâtée. Effrayée par tout ce tapage, la bête n’eut aucun mouvement vers son ancien maître, qui, lui-même, sentant l’impossibilité d’une nouvelle rixe, tâchait de regagner au plus vite sa niche.

Il eût voulu s’y terrer, ne plus bouger d’entre ses deux femmes. La faim l’obligea