Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/289

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de sortir. On le vit circuler dans les fermes en quête de travail. Ce fut des affronts qu’il trouva. Le malheureux cassa des cailloux sur les routes. Il lisait son bréviaire, caché derrière une haie. Partout les enfants le suivaient, s’amusaient à le mettre en colère, à s’en épouvanter, à lui jeter des quolibets et des pierres. Il devint le souffre-douleur qu’il y a toujours dans un village.

L’hiver s’avança, et au début du printemps, il se louait avec la sœur Euphrasie, pour les travaux des champs. Une vieille demoiselle septuagénaire, Mlle Élisée Magron, m’a donné une image saisissante de leur misère. « Étant jeune fille, m’a-t-elle raconté, je descendais avec mon oncle, le curé de Xaronval, par une chaude après-midi, la côte de Sion. Un homme et une femme, près de la route, bêchaient les pommes de terre. L’homme avait un pantalon de treillis, comme les soldats à la corvée, et un vieux chapeau de paille. La femme, une pauvre jupe raccourcie, ainsi qu’on en voit aux mendiantes devant les fermes. Tous deux, les pieds nus dans des sabots. Ils saluèrent profondément mon oncle, qui leur rendit le salut et passa. Je vis bien qu’il était troublé et, après un temps, je lui dis ; « Ils vous ont salué, mon