Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/301

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Seuls quelques vieux arbres subsistaient encore au milieu du terrain mis en prairie. Léopold se glissa dans la maison abandonnée. Il n’eut même pas à pousser la porte, le vent l’ouvrit devant lui. Il s’en alla tout droit à la chapelle. Un renard effrayé se leva sous ses pieds et s’enfuit sur les dalles du corridor, où avaient passé les robes des religieuses. Des chauve-souris voletaient en le frôlant de leurs ailes épouvantées. Et sur ces murailles sacrées au milieu de graffiti obscènes, s’étalait l’ignoble crayonnage de Bibi Cholion : « Fermé pour cause d’épizootie. » L’exilé tomba à genoux, au milieu des gravats, sur la place où avait été l’autel honoré par tant de preuves de la faveur divine, et récita avec exaltation le psaume de la captivité : « Seigneur, vos serviteurs aiment de Sion les ruines mêmes et les pierres démolies ; et leur terre natale, toute désolée qu’elle est, garde leur tendresse et leur compassion. »

Il voulut revoir la chambre de Thérèse et, gravissant avec précaution l’escalier branlant, il s’engagea dans le couloir du premier étage. Pour sa nature craintive, ces ténèbres, ces crevasses du plancher, ces rats qui s’enfuyaient dans ses jambes, ces toiles d’araignée où il se prenait le visage donnaient