Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/309

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ciateur des vengeances de Dieu. Et Léopold, avec ses yeux d’une vivacité brusque, qu’il fut chez lui ou en tournée, le guettait, de jour et de nuit, aux quatre coins de l’horizon.

Jamais d’ailleurs les cieux ne furent plus explicites. Ces cérémonies bizarres, cette distribution d’armes mystiques, cette promotion de quelques villageois à l’angélité semblaient ravir les puissances aériennes. En Pologne, à cette date, on remarqua que la pleine lune portait dans son centre une grande macule noire. Cette lune tragique se penchait, tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche, se balançant plus rapidement mesure qu’elle s’élevait au-dessus de l’horizon. Tout à coup, elle tomba avec une rapidité extraordinaire et remonta immédiatement. Deux heures plus tard, elle cessa ses balancements, mais se mit à changer continuellement de figure, tantôt s’aplatissant, tantôt prenant une forme elliptique ou carrée, mais toujours conservant sa couleur de sang avec sa macule noire au milieu. Bientôt elle fut prise de tremblements et de mouvements spasmodiques, qui durèrent jusqu’à ce que la tache noire disparût. Et pendant tout ce temps, la lune ne jeta aucun rayon. Elle semblait une grande boule ardente suspendue tristement dans les airs.