Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/311

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le maire sans titre de cette sorte de phalanstère. Hélas ! ce vieil ami de la prospérité et des mauvais jours venait de mourir ; les Baillard ne le revirent pas, mais sa femme, sa fille veuve et ses petits-enfants, à l’exception de l’aîné qui étudiait pour être prêtre au grand séminaire de Nancy, demeuraient encore là, et Léopold venait souvent les visiter dans ce singulier et plaisant séjour.

Il arrivait généralement sur les trois heures de l’après-midi, enveloppé été comme hiver de son éternel pardessus. Avant le souper, il allait causer, de porte en porte, dans les trois cours ; on lui faisait partout bon accueil, en considération de ses hôtes. Vers sept heures, il rentrait chez Madame Haye. Avant de se mettre à table, quand la jeune femme se préparait à coucher les enfants, jamais il n’aurait manqué de leur faire réciter la prière du soir, pour s’assurer qu’ils étaient bien instruits de leur religion. Et ces petits bordés dans leurs lits, la soupe posée sur la nappe blanche, c’était d’abord une simple et aimable causerie, jusqu’au moment où, d’une pente fatale, il exigeait qu’on en vînt à ce qui lui tenait tellement au cœur… Jusqu’alors son sourire avait été fin et doux ; c’était une figure de bon vieux curé, ou en-