Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/318

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— Que voulez-vous, bonne mère, il écoute ce qu’on lui dit… Il en aura des compliments à la cure de Sion.

En vain essaya-t-elle de ramener son vieil ami à Étreval. Léopold ne se laissa pas convaincre, et, rempli d’amertume, il reprit le chemin de Saxon.

Ce n’était pas pour y trouver la paix. Sous le pauvre toit de Marie-Anne régnait une atmosphère d’angoisse et de grandeur. Quirin et la sœur Quirin, qui considéraient qu’eux seuls subvenaient aux besoins de la communauté, ne cessaient de récriminer sur les repas, sur toute la vie qu’ils trouvaient trop misérable. Leur dispute remplissait la maison, rumeur sourde et servile d’ailleurs, au-dessus de laquelle se tenait le silence souverain de Léopold.

Ce soir-là, après qu’ils eurent mangé leurs pommes de terre et terminé leur chétif dîner, les trois frères demeurèrent réunis, Léopold assis près de la fenêtre, à travers laquelle se montrait, derrière les arbres fruitiers, la pente qui glisse de Sion vers Chaouilley, et les autres, comme à l’ordinaire, n’osant guère causer qu’à voix basse. On entendait dans les chènevières les chiens du village aboyer. Il n’y avait pas de chandelle allumée dans la pièce, mais elle était tout éclairée par la pleine