Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/32

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n’y a que leurs bâtiments qui émergent de l’oubli et autour de ces grandes murailles, dont le pied trempe dans la plus noire ingratitude, personne pour me renseigner. Sur la montagne de Sion, la figure des Baillard demeure plus vivante. L’ébranlement y fut si fort qu’il a laissé une longue vibration dans les mémoires paysannes. Mais déjà le chercheur, à la place des faits exacts qu’il sollicite, ne trouve plus qu’une matière légendaire. On lui propose trois frères Baillard aux figures simples, contrastées et fortement dessinées, qui rappellent la manière mi-épique, mi-gouailleuse des Quatre fils Aymon. Ils ne sont pas seuls. Autour d’eux on voit s’empresser des femmes — sont–ce des paysannes ? sont-ce des religieuses ? — qui les aident et que la légende ne respecte pas plus que des nonnes du moyen âge. Et je me dis parfois que si l’imprimé n’aboutissait pas, de nos jours, à tuer toute production spontanée du génie populaire, l’aventure de ces trois prêtres viendrait tout naturellement se placer dans la série de la geste lorraine.

Ma longue curiosité n’avait guère de chance d’être jamais satisfaite. Elle s’endormait presque. Le hasard d’un coup d’œil jeté sur le catalogue de la bibliothèque de Nancy vint un