Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/33

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jour la réveiller. Sous les numéros 1.592 à 1.635, je découvris un trésor, toute une collection de manuscrits exécutés par les soins des frères Baillard et contenant des lettres, des visions, des entretiens, des révélations divines, des annales, des pièces de procédure, des prières, des livres de comptes, les plus beaux thèmes dont ils se nourrissaient, un immense grimoire. Tous ces registres quadrillés et grossièrement reliés en basane noire ou verte sont de l’espèce que l’on emploie pour les livres de compte, et sans cesse au milieu d’effusions surnaturelles on voit apparaître un chiffre, une opération arithmétique, de prosaïques doit et avoir… Toute l’âme, toute la passion, tout le mystère des Baillard gisaient là. Ma curiosité était remplie, les trois prêtres tirés de leur coin d’ombre, et l’effort, que fit pour renaître une vieille acropole religieuse, ramené à la lumière.

Voici ce livre, tel qu’il est sorti d’une infinie méditation au grand air, en toute liberté, d’une complète soumission aux influences de la colline sainte, et puis d’une étude méthodique des documents les plus rebutants. Voici les trois frères Baillard. J’ai relevé leur histoire avant que personne les eût défigurés et quand la platitude et l’enthousiasme s’y mê-