Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/337

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semble que le malheur ait été pour lui cette coupe magique pleine de vertus, de chants et de prières, ce breuvage enchanté qui confère la possession des mélodies. Un vieux dessin représente le pape saint Grégoire écrivant ses neumes tandis que colombe du Saint-Esprit lui introduit son bec dans l’oreille. Léopold reçoit son inspiration d’un oiseau fou. Le paysage tient au vieux prophète de longs discours universels. Léopold est le lieu d’une multitude de rêveries intenses, de la plus haute spiritualité, mais perdues, abîmées sous une avalanche de choses informes, obscures, enchevêtrées. C’est tantôt une poésie égale, pleine et pressée comme le débit d’un fleuve, tantôt une suite d’envolées, d’élans triomphants au-dessus de la plaine, de longues fusées perdues. Rien qui puisse se transmettre comme une notion terrestre ou céleste, rien de concevable et d’intelligible, mais lui, il s’y retrouve ; il a ses points cardinaux, les points autour desquels indéfiniment tournoie sa pensée : le repaire des renards (entendez le couvent où gîtent les oblats), les faux amis (entendez l’universel abandon dans la mauvaise fortune), le fond de Saxon et toutes les humiliations accumulées là depuis vingt ans ; trois, quatre idées, toujours les mêmes, trois,