Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/355

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


line, prêtez-nous la force et les moyens de relever les pieux bâtiments écroulés ; recevez-y nos frères en grand nombre, afin d’écraser sous leur masse la tête de l’éternel Ennemi.

Et Léopold, assis auprès de la fosse vide, sur l’amas de pierres et de sable que les ouvriers en avaient retiré, regardait les étoiles. Il portait sous sa poitrine une pensée aussi dure, aussi étincelante qu’aucune d’elles : l’espoir de la résurrection, l’attente du jour divin des réparations, le désir d’une large communion où seraient appelés toutes les forces indigènes, tous les souffles de la colline :

— Esprit-Saint, Paraclet, qu’attendez-vous de pis pour agir ? Comment pouvez-vous supporter que des étrangers fassent la loi sur votre haut domaine, qu’ils osent excommunier une pensée de nos pères et confisquer le fruit de la colline ?

Ainsi les deux prêtres priaient et s’absorbaient dans un magnifique duel religieux, comme si les vanités du siècle se fussent évanouies dans cette nuit. Léopold Baillard ne voyait dans toute la montagne que le père Aubry, pareil à un soldat en faction et qui se dessinait, au clair de lune, là-haut, sur la terrasse. Et l’Oblat, de son côté, ne regardait