Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/356

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que le schismatique. Toutes les maisons étaient closes dans Saxon et dans Sion ; pas une lumière à l’horizon, pas un passant sur les routes. Les deux serviteurs de la divinité étaient seuls, l’un devant l’autre, dans cette vaste solitude, et soutenus, remplis par un prodigieux sentiment tragique. L’Oblat sentait derrière lui toutes les forces de la hiérarchie échelonnées jusqu’à Rome, et Léopold se savait assisté par une immense armée des morts et par les cohortes célestes. Autour d’eux, les villages dormaient. Ils dormaient comme les moissonneurs autour de Booz qui songe, comme les compagnons de Jacob quand celui-ci lutte avec l’Ange. À tous instants, des éclairs, pareils aux signaux d’un grand phare invisible, parcouraient cette nuit brillante, et chacun des deux prêtres, en se signant, appelait, attendait contre l’autre une intervention surnaturelle.

C’était aux premiers jours du mois de juillet 1870.