Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/37

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dent une vague tradition de la dîme : les premiers fruits du jardin sont portés au presbytère, et chaque génération donne un de ses fils à l’Église. Vienne des temps difficiles, ces amis de la cure s’élèvent le plus simplement du monde aux vertus du sacrifice.

À la fin du dix-huitième siècle, les Baillard de Borville étaient une de ces familles quasi sacerdotales. Lors de la Révolution, ils cachèrent chez eux, au péril de leur vie, plusieurs prêtres réfractaires, et ce fut l’un de ceux-ci, un Tiercelin du couvent de Notre-Dame de Sion, qui baptisa secrètement, en 1796, leur premier-né Léopold. « Cet enfant, déclara-t-il, s’élèvera par ses qualités au-dessus de ses concitoyens ; il fera l’ornement et la consolation de sa famille, il sera l’honneur de sa patrie, honos et decus patriae. » Et durant des mois, dans la demi-lueur des caves profondes où je suis descendu, il prodigua au fils de ces fidèles chrétiens les bénédictions et les prophéties que lui suggérait la reconnaissance. La santé du petit garçon donnait-elle des inquiétudes, il rassurait ses parents mieux que n’eût fait un médecin. « L’enfant de tant de prières, disait-il, ne peut pas périr. »

Les heureux époux recueillirent avec un religieux respect ces souhaits de bienvenue, et