Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/38

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à mesure que Léopold grandissait au milieu de ses frères et sœurs, ils aimaient les lui rappeler pour l’encourager dans le chemin de la vertu. Le grand-père Baillard, plus encore, éveillait dans ces enfants une imagination héroïque. Souvent il les groupait autour de son établi de cordonnier, et leur racontait intarissablement les histoires locales et domestiques dont il avait été le héros :

— Voyez, petits, disait-il, c’est dans cette chambre où je vous parle qu’était l’église en ce temps-là. Quand le Tiercelin de Sion, revenant de quelque tournée dangereuse, rentrait chez nous à la nuit tombante, vite votre grand’mère disait à votre père : « Va, cours avertir les bons ; la messe aura lieu sur le coup de minuit. » Les bons arrivaient l’un après l’autre en se glissant le long des maisons. Au coup de minuit, ils tombaient à genoux pour l’élévation, à la place même où vous êtes assis. Une nuit, les sans-culottes entrèrent ici par surprise et en armes. Votre grand-père était absent, et votre grand’mère avec vos parents n’eut que le temps de pousser le prêtre dans la cachette, au bout du jardin, et de courir dans les champs. Mais par malheur elle avait mal compté ses petites-filles et oublié votre tante Françoise, qui de-