Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/381

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tôt après, un triomphant alleluia. Il affermit sur sa tête la mitre qu’y a déposée Vintras. Le prophète disparu, les promesses divines subsistent. Pas un instant. Léopold ne doute de relever un jour les murs de Sion. Dans son naufrage, quasi seul sur l’océan, le vieillard ne se détourne pas une minute de sa ligne. Il continue de nager vers la rive promise en tenant au-dessus des flots son poème d’espérance[1].

Tous les soirs, durant des années Marie-Anne couchée, le vieil homme reste seul debout jusqu’à minuit, non pour rêver devant les cendres éteintes, mais pour attendre les âmes de ses morts. Saxon repose, tous les villages dorment ; le vent tournoie avec un bruit lugubre autour de la maison maudite ; les voix de Vintras, de François, d’Euphrasie, de Thérèse passent dans ces grands espaces désolés, dans ces bourrasques lorraines, leur donnent une âme et transforment des forces

  1. Vintras mourut à Lyon, la ville religieuse, la ville humide où champignonnent autour de la foi nationale toutes les variétés de la flore mystique. À son lit de mort, semble-t-il, il élut pour son successeur le fameux abbé Boullan. Il lui chuchota les secrets que lui-même avait reçus de Martin de Gallardon et probablement aussi quelques noires pensées de derrière la tête, que le vieillard de Sion, tout limité au drame de sa colline, ne soupçonna jamais.