Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/387

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turne plus romantique que celui de ces vieilles pierres déchues et de ce représentant des antiques chimères. L’arrivée des deux cavaliers et le pas du cheval sonnant sur la terre durcie par le gel, dans le silence de cette heure tardive, révolutionnèrent les trois cours du château. Des portes s’ouvrirent en dépit du froid, et Léopold se trouva tout à coup au milieu d’un cercle de lumière.

— Prenez-le, vous autres, dit le jeune paysan qui l’amenait ; il est à moitié mort de froid.

Des bras se tendent vers Léopold, qui se laisse glisser du cheval. On le porte dans la cuisine, auprès d’un grand feu. Il remercie, et toujours sous l’empire de ses grandes imaginations, il se persuade que tous ces gens l’entourent avec épouvante, qu’ils lui demandent de les protéger, dans l’effroyable tourmente de neige et de froid où, ce soir, le monde va périr. Avec un esprit magnanime, il les rassure tous :

— Ne craignez rien, dit-il, je viens marquer la porte de vos demeures, afin que la colère de Dieu ne s’exerce pas sur vous.

Étonnés d’une si bizarre espèce de folie, chacun se pressait et échangeait les diverses interjections par lesquelles se témoigne la stupeur lorraine.