Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/403

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cruel troupeau des enfants, et il savait bien qu’il les avait continuellement encouragés : il se récitait la complainte, qui, loin de le faire rire aujourd’hui, l’humiliait et le peinait. Les images se pressaient dans son esprit : la Noire Marie expulsant les schismatiques du couvent ; le maire Janot les livrant aux violences de la rue ; le jeune séminariste d’Étreval chassant de sa maison le vieux prêtre, l’ami de son père. Voilà ce qu’il a jadis appelé des succès ! Il s’est réjoui sans scrupule de tous ces chagrins de ses frères, comme d’autant de victoires de Dieu ! Tout cela lui paraît maintenant petit, mince, privé d’amour. Il tremble de paraître avec cet indigne bagage devant le Souverain Juge. Sur ce lit de mort, il n’a rien plus à cœur que le salut de Léopold, pas même son propre salut, car il croit qu’ils se confondent. Ah ! que ne peut-il courir au chevet du schismatique, le supplier, vaincre sa révolte, et d’un même mouvement, s’élever avec lui jusqu’aux pieds du trône de Dieu.

À peine fut-il averti du retour du Père Cléach, qu’il le pria de venir dans sa chambre, et minutieusement se fit raconter son entrevue avec Léopold, tous les propos du vieil homme et de sa compagne.