Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/420

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épuisé Marie-Anne ; elle dut renoncer à veiller et se coucha sur un matelas contre le lit de Léopold. Elle espérait ainsi protéger son vieux compagnon contre les importunités d’une quantité de visiteurs, qu’amenaient le zèle ou la curiosité. Mais quoi qu’en eût la pauvre femme, ces indiscrets ne cessèrent pas de circuler dans la maison et dans la chambre, et toute la nuit se passa en piétinements, en chuchoteries et en disputes. Sous prétexte d’emporter un souvenir, ou d’épurer un lieu maudit, ou peut-être encore de mettre en sûreté les objets du culte vintrasien, la maison fut livrée au pillage. Chacun saisissait dans l’ombre ce qui lui faisait envie. Au milieu de la nuit, Léopold, — était-ce un effet de ses réflexions ou bien le geste machinal d’un fiévreux, — laissa glisser de son lit la ceinture de protection que lui avait donnée Vintras pour le jour du grand cataclysme. Trois bonnes catholiques s’en saisirent. Mais redoutant que le vieil homme, dans un moment si redoutable, se trouvât sans protection d’aucune sorte, elles lui passèrent au cou leurs trois scapulaires, noir, bleu, rouge, que du fond de ses brumes Léopold accepta avec les marques d’une profonde vénération. Elles allèrent brûler dans la cuisine le morceau de