Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/427

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cloches envolées pour Rome durant la semaine sainte ; ils vont de maison en maison annoncer que l’heure de l’office est venue. En me penchant, je les vois sur la côte, à peu près en face de la masure des Baillard. Ils sont deux, trois, de moyenne taille, et puis deux tout petits. Je regarde s’éloigner ce mince groupe des derniers survivants du plus lointain paganisme. Leur petit cortège éveille mon imagination du passé. « Voilà… voilà… pour le second. »

Ces vieux mots que lancent ces voix si jeunes m’émeuvent. Le génie du passé vient m’assaillir avec des accents tout neufs. Il me conduit aux couches les plus profondes de l’histoire et jusqu’au temps de Rosmertha. Je me retrouve en société avec des milliers d’êtres qui passèrent ici. C’est un océan, une épaisseur d’âmes qui m’entourent et me portent comme l’eau soutient le nageur. Me voici sur la prairie où l’on trouve la clef d’or, la clef des grandes rêveries.

Nulle brume, nul brouillard germanique. Quelque chose de calme, de pauvre et de fort enveloppe la colline. Tout est clair et parle sans artifice à l’âme. Mais le mystérieux, le sublime naissent et jaillissent du cœur. Nos sentiments sont agrandis ; les voilà