Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/426

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récit terminé, je suis monté sur la colline. Dans le lointain, la longue ligne des Vosges était couverte de neige, et de là-bas venait un air froid qui, sous le soleil, glaçait les tempes. Nulle feuille encore sur les arbres, sinon quelques débris desséchés de l’automne, et c’est à peine si les bourgeons çà et là se formaient. Pourtant des oiseaux se risquaient, essayaient, moins que des chansons, deux, trois notes, comme des musiciens arrivés en avance à l’orchestre. La terre noire, grasse et profondément détrempée par un abondant hiver, semblait toute prête et n’attendre que le signal. Ce n’est pas encore le printemps, mais tout l’annonce. Une fois de plus, la nature va s’élancer dans le cycle des quatre saisons ; le Dieu va ressusciter ; le cirque éternel se rouvre. Combien de fois me sera-t-il donné de tourner dans ce cercle qui, moi disparu, continuera infatigablement ?

Soudain, un étrange bruit de crécelles s’élève du fond de Saxon, suivi aussitôt d’un concert de voix enfantines qui chantent sur un ton traînard : « Voilà… voilà… pour le premier. » Et puis encore le bruit des crécelles.., Je sais bien ce que c’est, je connais la vieille coutume lorraine : c’est la tournée traditionnelle des enfants qui remplacent les