Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/429

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ce Faust et ce Manfred assagis par l’âge, fuit le monde, se dérobe à la réalité, et ne la croit supportable que voilée des fumées de la haute magie.

Faust, Manfred, Prospero ! éternelle race d’Hamlet, qui sait qu’il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel qu’il n’en est rêvé dans notre philosophie, et qui s’en va chercher le secret de la vie dans les songeries de la solitude ! Je crois les avoir rencontrés dans les sentiers de la colline : ils s’arrêtaient pour regarder les bonnes gens qui gagnent l’église du pèlerinage. S’ils les moquaient ou s’ils les enviaient, je ne sais. L’Esprit des hauts lieux les faisait vibrer avec l’infini et leur mettait au cœur l’orgueil de ne compter que sur soi-même pour résoudre l’énigme de l’univers.

Les suivrai je ? Nous avons besoin d’harmonie, d’un poème qui se fasse croire et d’une étoile fixe au ciel. Ces héros sauront-ils gouverner notre sentiment du divin, notre désir de perfection, le soutenir et le conduire à un but précis ? Seront-ils nos guides ?

Léopold Baillard, quand il veut s’élancer dans le monde invisible, se brise au fond de Saxon. Et ces autres, portés sur des ailes plus fortes et qui s’élèvent plus heureuse-