Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/45

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ciel, donnent encore aux villages lorrains tant de caractère, qui organisa l’enseignement primaire et jeta le germe des sociétés de secours mutuels ; il fraternisa avec le grand patriote lorrain, capable de mettre en échec Richelieu : enfin le thaumaturge l’éblouit.

Léopold Baillard, à Flavigny, fait peut-être sourire, quand, le cerveau en feu, il se penche sur l’histoire du Bon Père. Il rappelle don Quichotte qui, dans son village désolé de Castille, s’enflamme en lisant les romans de chevalerie et se propose d’égaler Amadis des Gaules. N’empêche qu’un jeune prêtre de vingt-cinq ans, qui emploie à se hausser vers un magnifique modèle d’esprit et de vertu l’émotion reçue d’une communauté de femmes dont il est le bienfaiteur, c’est une belle image du romantisme lorrain.

À cette époque, les ducs que l’on avait tant aimés ayant disparu à l’horizon, et les primes superbes que l’Empereur donnait au courage heureux n’étant plus disponibles, la nation lorraine, diminuée par les malheurs répétés de la guerre et les désillusions de sacrifices sans gloire, commençait à se déshabituer du sentiment de la grandeur. Ce jeune paysan échappe à cette médiocrité. Il a résolu d’aider Dieu en Lorraine. Il croit qu’il n’y