Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/71

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prient spécialement pour trois prêtres tourmentés qu’ils savent là, derrière eux, dans la tribune réservée aux étrangers.

Durant trois heures, nul mouvement ne troublera le cours majestueux de leurs intercessions, nul mouvement, sinon parfois toutes les lanternes qui s’éteignent ou se cachent, et la petite lampe du sanctuaire jetant seule ses vacillantes clartés dans le chœur où l’on distingue des fantômes blanchâtres. Grand drame immobile et par là d’autant plus émouvant, grand drame tout gonflé de volontés et de rêves d’une qualité héroïque. Il nous ramène sur nous-mêmes, nous convainc de mépriser toutes les puissances du dehors et de chercher le triomphe dans notre monde intérieur. Il célèbre en images violentes l’emprise de la volonté sur toutes les forces qui assiègent la conscience des meilleurs. En même temps il nous soumet à un ordre, nous dispense de chercher notre voie et nous introduit dans l’harmonie divine, comme chacune de ces notes se place dans ce concert à la louange de l’Éternel.

Léopold est debout entre ses deux frères demi-somnolents. Il ne laisse rien échapper de ce profond tableau, de ces couleurs de nuit et de feu. Cette psalmodie vient le chercher