Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/76

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— C’est bon, c’est bon, nous parlerons de Job une autre fois…

Puis avec aigreur et clarté, comme eût pu le faire un avoué, il exposa qu’il ne leur restait absolument qu’une ressource, c’était d’abandonner la colline pour toujours.

— J’en mourrais, dit Léopold avec une expression admirable de vérité.

— Allons donc, s’écria. Quirin, tu ne connais pas l’Amérique !

— Il faut relever Sion, reprit Léopold se parlant à lui-même.

Mais Quirin brutalement :

— Tu l’avais relevée, et c’est toi qui l’as détruite.

Et il se mit à récriminer.

François ne put en entendre davantage.

— Assez, Quirin ! s’écria-t-il. Homme de peu de foi et de moins de mémoire ! Pour que vous parliez ainsi, il faut que vous ayez le cœur bien peu élevé. Avez-vous donc oublié tout ce que notre frère a fait pour nous ?

Léopold les écoutait, tous deux debout, et lui assis, ses larges mains aux ongles noirs étendues comme mortes sur sa soutane couverte de taches. À son habitude, son regard passait au-dessus de ses interlocuteurs, et au