Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/77

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coin des lèvres il avait un sourire inexplicable, un mince sourire orgueilleux et acquiesçant. Quand ils se turent, il les regarda avec cette autorité qui exerçait sur eux une sorte de fascination, et le feu secret qui semblait avoir desséché tout son être jetait des flammes par ses yeux.

— Toute maison divisée contre elle-même périra. Demeurons unis, et la colline nous sauvera. Ce qu’on nous a pris, c’est l’eau qui jaillit de la fontaine, mais la fontaine nous demeure. Ne suis-je pas toujours le chef du pèlerinage ? N’avons-nous pas gardé les meilleurs instruments de Marie, la meilleure de nos quêteuses ?…

Et là-dessus, il se mit à rappeler les voyages les plus productifs qu’avait faits Thérèse Thiriet et certain jour où elle avait écrit : « Notre Dame nous protège, envoyez-moi votre ceinture à or. » Il racontait tout cela comme un pêcheur rappelle les beaux coups d’épervier qu’il a faits ou bien un chasseur ses battues, mais avec le pouvoir d’ouvrir, derrière les images prosaïques qu’il mettait au premier plan, de larges trouées de rêve.

Quirin l’observait avec des yeux où l’inquiétude se mêlait à un vague espoir. Il surveillait