Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/79

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un signe, comme tant de fois les saints en avaient reçu, un signe auquel il reconnût qu’il ne s’était pas trompé et qu’il pouvait avoir confiance dans son cœur.

Telle était son exaltation et son idée toute simple des moyens de Dieu qu’il retourna son lit, de façon à surveiller la porte, car il était persuadé qu’un signe viendrait, et si la Vierge ou le Seigneur daignaient se déranger en personne, ils pouvaient entrer sans ouverture, mais s’ils déléguaient un messager, il voulait le voir dès le seuil. En même temps il ne cessait de répéter la lamentation du patriarche foudroyé : Le Très Haut m’a renversé dans la boue, je suis confondu avec la poussière et la cendre. Je crie vers toi, ô Dieu, et tu ne m’exauces pas.

Soudain, il sentit quelque chose entrer dans sa chambre et s’arrêter auprès de son lit. Une sueur d’effroi couvrit tout son corps, mais il ne pensa pas à lutter, ni à appeler. Ce qu’il sentait là, près de lui, vivant et se mouvant, c’était abstrait comme une idée et réel comme une personne. Il ne percevait cette chose par aucun de ses sens, et pourtant il en avait une communication affreusement pénible. Les yeux fermés, sans un mouvement, il ressentait un déchirement