Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/80

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douloureux et très étendu dans tout son corps, et surtout dans la poitrine. Mais plus encore qu’une douleur, c’était une horreur, quelque chose d’inexprimable, mais dont il avait une perception directe, une connaissance aussi certaine que d’une créature de chair et d’os. Et le plus odieux, c’est que cette chose, il ne pouvait la fixer nulle part. Elle ne restait jamais en place, ou plutôt elle était partout à la fois, et s’il croyait par moment la tenir sous son regard, dans quelque coin de la chambre, elle se dérobait aussitôt pour apparaître à l’autre bout.

Deux minutes après que cette chose mystérieuse était entrée, elle se retira ; elle s’échappa avec une rapidité presque instantanée à travers la porte fermée.

Léopold respira profondément. Il rouvrit les yeux et ne vit rien autour de lui. La sensation horrible avait disparu.

Au bout de quelques instants, il se leva et alla rejoindre ses frères.

Il les trouva qui dormaient.

Alors il revint dans sa chambre et se recoucha. Mais à peine avait-il éteint qu’aussitôt la chose inexprimable se réinstalla près de lui, et accompagnée de la même horrible sensation. Cette fois, il concentra toute sa force