Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/84

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— Ces bêtes sont en mauvais état. On les nourrit mal. Pour faire venir à bien un nourrin, il faut lui donner du petit lait. C’est ce que je faisais à Saxon. Les résultats de notre ferme modèle, avant que Monseigneur crût devoir intervenir, étaient de premier ordre. Mais vous, mes Pères, ne vous mêlez pas de l’élève du cochon, vous buvez le petit lait !

Le père Magloire ne put s’empêcher de marquer son mécontentement. Il répondit :

— Je ne doute pas que ces petites bêtes ne trouveraient du profit à suivre le régime que vous préconisez, mais pour nous, il nous serait difficile de renoncer à la simplicité de nos anciens Pères. Notre premier soin doit être de mettre en pratique ces paroles de la Sainte–Écriture : Mourons dans notre simplicité. »

Sur ces mots, il referma la porte de l’étable et s’excusa en disant à Léopold qu’il lui eût bien volontiers tenu compagnie davantage, mais qu’il fallait qu’il allât cultiver son petit jardin, et qu’il pensait que Monsieur Baillard ne trouverait pas mauvais qu’il sacrifiât l’occasion de s’instruire sur le grand élevage à la nécessité de bêcher une petite plate-bande dont il avait la charge.

Comme le bon Père regagnait sa cellule,