Page:Bastide - La Petite Maison.djvu/66

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seins, et une femme raisonnable s’est accoutumée de bonne heure à s’en défier. Ce qui la séduisoit ici, c’étoit l’inaction de Trémicour en exprimant tant de tendresse. Rien ne l’avertissoit de se défendre : on ne l’attaquoit point ; on l’adoroit et on se taisoit. Elle rêva à tout cela, et Trémicour fut regardé. Ce regard étoit si ingénu qu’il devenoit un signal. Il en profita pour lui demander une chanson. Elle avoit la voix charmante, mais elle refusa. Il vit que la séduction n’étoit encore que momentanée, et il ne se plaignit que par un soupir. Il chanta lui-même ; il voulut lui prouver que ses rigueurs étoient des loix auxquelles le grand amour lui donnoit la force d’obéir sans contrainte. Il parodia ces paroles si connues de Quinault, dans Armide :

Que j’étois insensé de croire
Qu’un vain laurier, donné par la victoire,
De tous les biens fût le plus précieux !
Tout l’éclat dont brille la gloire
Vaut-il un regard de vos yeux ?