Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/136

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a cette force-là… Il attire… Alors, je suis venue à toi qui m’as ouvert ton cœur l’autre jour.


MAURICE.

C’est la première fois ! Je suis très heureux que tu aies senti le besoin de venir ici… me dire ton chagrin !


LIANE.

Dix-sept ans !… Je répète tout le temps ce mot en marchant… Dix-sept ans ! C’est effrayant ! Comment est-ce possible, ces choses-là !… On ne veut pas les croire, évidemment, parce que sans quoi il y a longtemps que j’aurais dû avoir la certitude du lâchage… Seulement, on a beau se jeter à la tête les pires injures, remuer toute la vase… on se regarde dans les yeux, et il semble que les yeux s’aiment encore… Comme quand on bat son chien, et qu’on lui dit : « Va-t’en, va-t’en, je ne t’aime plus ! » le chien vous regarde et, lui, il ne vous croit pas !… Et puis aussi, on est si bête dans ces scènes ! Tout ce qu’on dit sonne faux… Il y a quelque chose de si lamentablement puéril… il semble que c’est d’autres personnes qui parlent… pas vous ! Et surtout, je l’aimais tant, cet homme-là ! Je l’aimais à pouvoir en être heureuse cent ans !… Je n’osais même pas le lui avouer. Aussitôt qu’il avait passé la porte, l’envie me prenait tout de suite de courir après lui, de lui jeter les bras autour du cou… de ne plus rien lui dire qu’éternellement : « Mon chéri… mon chéri ! » Oh ! j’ai dû être maladroite !… J’ai dû ne pas savoir lui faire comprendre mon amour ! Autrement, ce ne serait pas possible… Il n’oserait pas…


MAURICE.

Allons donc, ma pauvre maman ! Tu te casses