Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/90

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


« pour que vous n’entendiez pas ses plaintes,

« pour que vous n’entendiez pas ses cris… »


ALIETTE.

Ma pauvre petite mère, si je vais dans la maison neuve,

celui que j’aime pourra-t-il y venir ?


LA VIEILLE.

Et qui donc y viendrait, ma pauvre fille ?

Pas même valet ou servante,

Vous aurez votre ruisseau et votre fontaine,

et du bois pour faire du feu ;

au bout d’une baguette blanche,

on vous donnera votre nourriture, Aliette…


ALIETTE.

Taisez-vous ! Taisez-vous !


LA VIEILLE.

Oui, oui, souffre, ma fille, pour les autres !…

Dans quelque temps tu défailleras.

Souffre, belle lépreuse, vieille devenue…

et les enfants refuseront de te laver ta chemise !

Comme moi, tu te verras chaque matin,

dans ton miroir,

et ta peau ne sera plus blanche ni caressée…

Tu seras quelque part mangée des vers,