Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 10, 1922.djvu/120

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MADAME DE SAINT-ARROMAN, (à Ginette, à part.)

Je vous demande pardon d’avoir amené cette relation à nous…


GINETTE.

Je ne connais pas ce Monsieur, en effet.


MADAME DE SAINT-ARROMAN.

Il a perdu son fils à la guerre, il y a six mois. Depuis lors, une forme aiguë de la curiosité le fait rôder autour du malheur des autres pour y retrouver le sien. C’est un excellent homme mais son insistance est presque maladive.


GINETTE.

Oui… C’est un des innombrables guetteurs.


MADAME DE SAINT-ARROMAN.

Je redoutais qu’il ne vous soit très agréable de le voir ; il y en a qui évitent la vue de ce petit homme qui se promène le dos remonté comme s’il pleurait toujours.


MONSIEUR DE SAINT-ARROMAN, (rendant la carte.)

À ce moment, en tout cas, il avait l’air joyeux et bien en forme… Merci. Mais enfin l’état de Cécile ?


MADAME DE SAINT-ARROMAN.

Espère-t-elle, ou, au contraire, se laisse-t-elle aller ?


GINETTE.

En apparence, elle est très forte et très confiante : il ne lui échappe jamais que des paroles de certitude, mais l’anxiété de son œil et sa marche fébrile démentent toute tranquillité.


MONSIEUR DE SAINT-ARROMAN.

Et vous personnellement, Mademoiselle ?