Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/107

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t’a donné des humeurs noires !… Tu n’en es pas là !… Et quelle meilleure preuve que cette apothéose d’amour où tu as pu constater une fois de plus la sûreté de tes triomphes…


DON JUAN.

Tu viens de les apprécier toi-même !… Voilà donc ce qu’on appelle un échec !… C’est terriblement désagréable !


ALONSO, (s’esclaffant.)

Qui dit échec, dit partenaire… Cette gamine ne pouvait tenir sa partie dans un jeu dont elle ne possédait pas les règles les plus élémentaires !


DON JUAN.

N’importe, j’ai connu un temps où, si j’avais daigné, même à quinze ans elle ne m’aurait pas résisté ?… (Se regardant toujours dans le miroir.) Êvidemment, la peau des paupières… La dévastation commence à la maturité. Alonso !… Qui a raison du poète Cardono ou de cette pécore ?… Voilà, voilà le problème insondable !… C’est l’histoire de toute l’humanité !…


ALONSO.

Le plus fortuné des hommes, chère tête qu’ont martelée les baisers, viens au soleil de la rue !… Viens lustrer tes plumes. Tous les poulaillers d’Espagne attendent ta visite. En selle ! Que nos chevaux nous emportent vers la rude Navarre et que mille femmes se disputent l’honneur de déboucler ta ceinture et d’attiser le flambeau de ta renommée. Viens te montrer au monde stupéfait… et ressuscite !


DON JUAN, (lui pose lourdement la main sur l’épaule.)

Pas encore !