Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/108

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ALONSO.

De quel air étrange tu me dis cela !


DON JUAN.

Pas encore !… Alonso, que c’est beau d’avoir vingt ans !… Que c’est beau d’être aimé, caressé, de faire retourner les femmes même quand elles ont le soleil dans les yeux !… Avoir été celui qui peut récapituler, comme je viens de le faire ici, ce chapelet de dévotion amoureuse et puis décroître, empâter, s’avilir, devenir sa propre caricature… Oh ! d’année en année sophistiquer son ventre, juguler les plis de son menton !… Il est des êtres à qui la vieillesse est interdite comme le déshonneur ou la prostitution !


ALONSO.

Certes, vieux camarade, certes, mais c’est une telle habitude que l’humanité a prise jusqu’ici ! Il y a peu de chance que…


DON JUAN.

Alonso, ne crois-tu pas qu’il y ait des êtres qui puissent échapper à la vieillesse ?…


ALONSO.

Si !… Primo, ceux qui meurent de maladie, d’accident.


DON JUAN.

Je me porte comme un bœuf !


ALONSO.

Secundo, ceux qui se suicident.


DON JUAN.

Je m’aime beaucoup trop pour me tuer !… Et