Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/111

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DON JUAN, (il a les yeux emplis de larmes et il se mord les lèvres jusqu’au sang.)

J’ai joué maintes fois ma vie sur des coups de dés… Pile : je meurs !…

(La main hésite, le corps se penche d’avant en arrière, puis, brusquement, il lance la pièce. Il met le pied dessus, au moment où Alonso se courbe pour regarder. Silence. Puis il retire le pied et fait signe à Alonso de regarder.)

ALONSO.

Pile !… Tu es…

(Mais Don Juan vient de lui saisir le bras. Il le maîtrise nerveusement.)

DON JUAN.

Ne ris pas !… N’as-tu donc pas compris à quel point je suis sérieux ?


ALONSO.

Ma foi, je comprends ton idée… Et, tout à coup, je réfléchis qu’il y aurait au moins un côté pratique dans une prolongation officielle de ton décès : éteindre ton passif formidable, te débarrasser une bonne fois de tous tes créanciers… Voilà qui ne serait pas bête !…


DON JUAN.

Parbleu ! J’y avais parfaitement songé avant toi !… Mais un homme de ma trempe ne s’arrête pas à de pareilles préoccupations !… En faisant ce que je médite de faire, je ne me conduirai pas en hurluberlu héroïque. Je ne sais quoi m’avertit que ce serait démence de laisser passer une occasion providentielle ! Alonso, cette enfant, avec son petit cri incongru, vient de sonner à mes oreilles l’heure de mon destin !… Ô vous, mes maîtresses, mes petites et mes fines amies, vous