Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/112

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qui êtes venues me pleurer ici, vous dont la grâce voltigeait autour de ces draperies, voyez-moi toujours comme je vous ai plu. Je vous épargne de me montrer plus tard du doigt aux jeunes filles étonnées en disant : « Regardez ce petit vieux ratatiné… non, pas celui-là… l’autre… le plus laid… eh bien, c’est… »


UNE VOIX, (au loin.)

Don Juan ! Don Juan !…

(Il se retourne. C’est une femme sanglotante, dans le chœur, qui sort de l’église et qui, solitaire, clame le nom ami à travers ses pleurs.)

ALONSO.

Quelle peut bien être encore cette femme ?


DON JUAN, (un sourire triomphant aux lèvres.)

Qu’importe !… Une !… C’est cela, vois-tu, qu’il ne faut pas profaner… la sincérité !…


ALONSO, (lève les bras au ciel.)

Et les anges n’éclatent pas de rire !…


DON JUAN.

Ai-je l’air de quelqu’un qui plaisante ?… Sur quoi faudra-t-il te jurer que je viens de prendre une immense détermination que rien ne pourra fléchir… Regarde cette petite chose : mon épée. Un soir d’amour, la reine, elle-même, me l’a donnée. Dieu, que sa bouche était rose ce soir-là !… « Va, dit-elle gravement, sur la lame j’ai fait inscrire ton nom, Don Juan. Qu’elle dure jusqu’à ta mort et ne serve qu’à bon usage ! » Eh bien, si mes lèvres ont pu mentir et trahir, cette épée s’est toujours conduite avec loyauté !… Me croiras-tu si, pour jurer, je brise ici une lame qui porte un