Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/136

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INÈS.

Je vous trouve plaisant. Votre voix est câline. Vous avez la chevelure dorée, les yeux bleus et la peau blanche, signe d’un sang pur… Mais il y a une chose qui vous manque… vous en êtes totalement dépourvu !… une chose dont je suis amoureuse folle et qui me fera épouser fatalement le général Pedro Montelope de Valencia.


DON JUAN.

Le général ? Ce vieux débris de musée !


INÈS.

Oui… ce vieux ! Qu’il est beau… qu’il est affolant quand il raconte ses batailles… quand il frémit encore sous le vent des mousquets, sa large poitrine constellée de décorations… quand, si vieux qu’il soit comme vous me faites l’injure de le remarquer, les mantes se découvrent pour lui jeter à la face des chiquenaudes de regards !… Car il l’a… il l’a ce qui vous manque et ce qui fait, Monsieur, que je me vois obligée, même à regret, de vous tirer ma révérence…


DON JUAN.

Quoi ?


INÈS.

La gloire !


DON JUAN.

De quelle souris accouchez-vous là, ma chère !… La gloire… peuh !… J’y ai cru autrefois… Vous l’aimez tant que cela, la gloire, cette confiture d’ananas pour estomac délabré ?


INÈS.

Si je l’aime ! Si nous l’aimons, nous autres