Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/155

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LE PATRON.

Tonnerre ! Que se passe-t-il ?… En voilà des manières déshonnêtes !


DON JUAN, (lui saisissant le bras.)

N’est-ce pas qu’à ton public, patron, tu ne ferais pas avaler une sole avariée si tu ne l’appelais sole à la Cincinnatus ?


LE PATRON, (docte.)

La cuisine elle-même ne se passe pas de poésie, monseigneur !


DON JUAN.

Alors, patron, apporte moi une demi-livre de clair de lune, que j’en saupoudre ce plat-là… ah !… ah !… ah !… ah !…

(Alonso fait signe au patron, derrière Don Juan, pour lui faire comprendre que celui-ci n’est plus dans son bon sens. Le patron hoche la tête, se frappe le front et retourne à ses affaires en maugréant.)

DON JUAN, (seul, à Alonso, ouvrant les bras.)

Ah ! ma légende, elle est devenue grande comme ça !… Et moi je suis devenu petit, petit… Je ne peux plus être à la taille… J’aurais dû ressusciter deux ans plus tôt, vois-tu !… J’aurai quelque mal à la rattraper, ma légende ! Elle a des bottes de sept lieues… Je vais lui en donner des crocs en jambe, quitte à rouler avec elle dans les abîmes du ridicule ! Crétin, c’est de ta faute aussi…


ALONSO.

Hein ? Ma parole !…


DON JUAN.

Quelle idée aussi d’aller faire copier par je ne