Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/158

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table.) Ah !… elle a oublié son écharpe ! (Il la respire.) Don Juan, tu n’auras pas été long à renoncer à ta chimère !… Donc, tu vas reprendre la vie où tu l’avais laissée ?… Ah ! tu es encore de taille à piper les hommes et à conquérir les femmes… il y a encore de beaux restes sur l’assiette refroidie de ta gloire !… Mais attends-toi maintenant aux refus, aux trahisons, aux adieux ; il faudra boire maintenant jusqu’à la lie le calice dont tu t’étais détourné… Reparais, roi déchu sur une terre qui ne sera plus jamais ton royaume !… (Il embrasse l’écharpe.) Inès… (Dans l’air flotte au loin, la musique de la sérénade de Don Juan.) Bah !… (Il se retourne, regarde la malle et la désigne du doigt.) Heureusement, il y a ceci, et on verra un peu quand j’apparaîtrai à mes contempoiains, ce livre à la main !… La nuit est tout à fait tombée ?… Suis-je bien seul ?… (Il va à la porte au fond, l’entre-bâille et la referme.) Oui… ils sont tous allés se coucher… Il n’y a plus que Pépilla qui range la salle… Bien, c’est bien… La nuit propice aux vampires et aux détrousseurs de tombes ! Un flambeau, une bouteille pour me donner du cœur à l’ouvrage. (Il boit.) Voilà l’objet… J’ai le cœur qui se serre. Allons… Cette malle n’est pourtant pas un cercueil ! (Pablo redescend l’escalier de bois.) Tiens, Pablo, pose la lumière là. (Pablo pose le second flambeau sur la table.) Puis mets la malle sur cet escabeau. (Pablo met le coffre sur un escabeau.) Maintenant, dis, je te prie, qu’on ne me dérange pas. Je désire demeurer seul ici.


PABLO.

Bien, seigneur !

(Il sort. Don Juan verrouille la porte derrière lui. Il se dirige vers la malle. Tout à coup celle-ci, posée de façon instable, tombe à terre avec un bruit cassant. Il sursaute.)