Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/199

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BARNAC.

Mon chéri… (S’interrompant, à Miss.) Une seconde, miss… Mon chéri, c’est encore un des mystérieux apanages des auteurs gais… Il leur suffit de mettre grand comme l’ongle d’humanité dans leurs œuvres pour que tout le monde s’exclame : « Comme c’est vrai !… Que c’est profond !… Et si cruel !… » Au surplus, ne va pas croire que je ne me reconnaisse point une grande valeur… Je sais ce que je suis… très intelligent.


MARTHE.

Tiens, parbleu !


BARNAC.

Et j’aurais peut-être pu, mon dieu, écrire la prière sur l’Acropole, tout comme un autre… Je me suis octroyé en pleine conscience mon titre d’académicien… seulement, je me le suis octroyé pour les œuvres que j’aurais pu faire, tandis que mes collègues me l’ont octroyé pour celles que j’ai faites… Au fond, nous sommes d’accord… Viens là… Mets-toi sur mes genoux…

(Il s’est assis. Marthe obtempère à cet ordre.)

MISS, (au viseur.)

À la bonne heure ! C’est encore bien mieux !


MARTHE.

Je ne sais pas si tu aurais écrit la prière sur l’Acropole, que j’ignore d’ailleurs complètement… mais je sais que tu es un homme de génie… un homme historique… Et je t’aime aussi historique. (Riant.) Les jours de fête !

(Elle l’embrasse sur le front.)

BARNAC.

Ne m’aimerais-tu pas mieux sans auréole, mais avec…

(Miss pousse un cri.)