Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/219

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nous entendre quelquefois parler de toi à la Commission !), ne témoigne que d’un respect affectueux qui souffre lorsqu’on l’outrage.


BARNAC.

Ça va !… Tu me l’as dit et redit… merci… Toutefois, mon cher, votre respect a quelque chose d’un peu vexant, car il paraît s’adresser à un être parfaitement inconscient de ses actes !… Sacrebleu, hein !… Pas encore !… Éclairez la lanterne devant mes pas, soit… mais sur moi-même, vous ne m’éclairerez pas ! Je connais le mécanisme de ma passion… Crois-moi, je sais encore remonter des choses aux idées générales.


GENIUS.

Certes ! Et, au fond, un homme comme toi n’est abusé que lorsqu’il le veut bien… Précisément, c’est une chose curieuse que, vous autres grands hommes, vous n’ayez jamais, ou rarement, le foyer et la femme que vous méritez !… Vous admettez au partage de votre intimité des compagnes qui vous sont nettement inférieures… quand elles ne sont pas des cœurs dégradés. Cet attachement bizarre fait d’ailleurs l’étonnement des bourgeois. Il faut croire que c’est un des travers du génie !…


BARNAC.

C’est ça… n’essaie pas de comprendre. Vois-tu, ce qui creuse des abîmes entre les hommes, ce sont leurs préférences.


GENIUS.

On dirait que vous fuyez l’égale de vous-même… une égale qui aviverait la puissance lucide de votre cerveau…